Trames arborescentes 1 > Présentation

 

Trames arborescentes 1

Confection et croissance de structures textuelles et iconographiques

au Moyen Âge et à l'époque moderne

Organisation : Naïs Virenque - Élodie Fourcq

Référent institutionnel : Maurice Brock

Lieu : Tours, Centre d'Études Supérieures de la Renaissance

Date : 16 décembre 2015

 

Dès ses prémisses, le projet Trames arborescentes avait l'objectif d'axer ses travaux sur des problématiques pour lesquelles l’incontestable imbrication du texte et de l’image au Moyen Âge devait absolument être un point de départ et non une conclusion. De ce fait, l'appel à communication de cette première journée s'est appuyé sur l’abondante – et passionnante – littérature scientifique qui traite des procédés de narration, de méditation, de visualisation du savoir, d’oraison, de prédication au Moyen Âge, pour construire une réflexion en apparence monographique sur les trames arborescentes, mais qui permettait en fait d’étudier tous ces procédés au prisme d’une thématique propre et de s'interroger, le cas échéant, sur sa spécificité. Une telle démarche reposait, d’une part, sur le constat qu’il existe au Moyen Âge un usage varié et conséquent de l’image de l’arbre et de l’arborescence, qui n’a pas toujours été étudié ou dont les spécialistes ont eux-mêmes indiqué quels étaient les « vides » bibliographiques et historiographiques ; d’autre part sur la conviction que les trames arborescentes innervent des réflexions, des ouvrages, des images de manière parfois tout-à-fait implicite, et qu’il pourrait être intéressant de se questionner sur leur fonctionnement.

L’historiographie qui prend l'arbre et l'arborescence en considération est importante, en particulier en ce qui concerne la culture occidentale, et s’est accrue au cours des dernières décennies du XXe siècle, parallèlement à l’affirmation de champs de recherches sur la culture « immatérielle », sur l’histoire des idées, des mentalités, des représentations. En réalité, cette historiographie, surtout dans les années 1990 et 2000, reposait majoritairement sur la mise en commun de travaux effectués par des chercheurs qui provenaient d’horizons différents, tant de ceux de la conservation d’œuvres d’art, de bibliothèques et d’archives, que de l’université. Le catalogue de l’exposition De arbore qui a eu lieu en 1991 à la bibliothèque Casanatense à Rome, et qui a diffusé de nombreuses images issues de manuscrits avant l’heure de la numérisation, en a été un jalon important. En 1993, Michel Pastoureau a édité au Léopard d’Or un ouvrage intitulé L’Arbre : histoire naturelle et symbolique de l’arbre, du bois et du fruit au Moyen Âge. En 2009, Agostino Paravicini Bagliani a dirigé pour Micrologus un ouvrage intitulé Le Monde végétal : médecine, botanique, symbolique. Ces trois travaux ont permis de croiser les approches de différentes disciplines qui touchent toutes à l’histoire de la culture, et ont ouvert de très nombreuses pistes de recherches.

Les études sur le motif tant littéraire qu’iconographique et philosophique de l’arbre et de l’arborescence ne sont pourtant pas nouvelles. Adolf Katzellenbogen dans les années 1940, Hellmuth Bethe dans les années 1950 et Johanna Flemming dans les années 1970 s’étaient attachés à l’étude de l’aspect iconographique de l’arbre, quand tout au long du XXe siècle et à l’initiative de Frances Amelia Yates, de Paolo Rossi, de Lina Bolzoni, de Michael Evans et de Mary Carruthers, les arbres ont fait l’objet de solides études sur leur dimension mnémotechnique et leur rôle dans les différents procédés d’apprentissage et d’acquisition de savoirs. Au début des années 1970, Anna Esmeijer, qui a par ailleurs consacré de nombreuses études monographiques aux images médiévales et renaissantes d’arbres et d’arborescences, s’est attachée aux diagrammes arborescents. En proposant de très stimulantes réflexions sur la possibilité d’une exégèse visuelle de ces diagrammes, dont les qualités esthétiques ont souvent été critiquées et qui n’étaient alors que très peu étudiés par les historiens de l’art et de la littérature, elle a marqué, dans son Divina quaternitas, un temps fort dans leur historiographie. Quelques années plus tard, Gerhart Ladner proposait lui aussi, dans un article intitulé « Medieval and Modern understanding of symbolism », une réflexion fondamentale pour l’étude des schémas arborescents. On ne peut que se réjouir que Jean-Claude Schmitt, notamment dans un court article intitulé Les images classificatrices paru à la Bibliothèque de l’École des Chartes en 1989, ait insisté en ce sens et proposé l’une des premières anthologies d’images d’arbres ou de schémas arborescents manuscrits conservés dans les fonds de la Bibliothèque nationale de France.

Les années 2000 ont vu fleurir les études sur les images d’arbres et leurs liens avec la construction d’un imaginaire de la parenté, notamment via les travaux désormais incontournables de Christian Klapisch-Zuber et de Dominique Donadieu-Rigaut. Elles ont aussi connu la diffusion de recherches sur l’usage de l’arbre et de l’arborescence en littérature et notamment dans le cadre de la prédication, sur lequel deux ouvrages fondamentaux ont été publiés en 2010. Le premier, Preaching the Memory of Virtue and Vice qu’écrit Kimberly A. Rivers, s’attache aux liens entre la prédication et l’usage mnémotechnique de différentes structures et images, littéraires comme iconographiques, au sein desquelles l’arbre et l’arborescence tiennent une place importante. Le second ouvrage, L’arbre au Moyen Âge, est celui que Valérie Fasseur, Danièle James-Raoul et Jean-René Valette ont publié suite à un colloque international qui a eu lieu à Bordeaux et Pau les 25 et 26 septembre 2008. Ces deux ouvrages croisent les problématiques et les méthodologies de diverses disciplines et entérinent ainsi l’écriture d’une histoire des usages littéraires et iconographiques de l’arbre, le plus souvent dispersée dans des ouvrages encyclopédiques, des actes de colloques aux thématiques très larges, ou contenue dans des thèses de doctorat très peu diffusées.

Enfin, deux ouvrages sont intérêt majeur pour cette journée. Le premier est le chapitre que Christian Heck a publié en 2011 dans l’ouvrage Habitus sous le titre « L’invention entre rupture et habitudes visuelles. Modèles intellectuels et modèles formels dans la mise en page de la Bible moralisée ». Le second est le recueil des actes de l’International Medieval Congress qui s’est tenu à Leeds du 07 au 10 juillet 2008 sur la thématique « The Natural Word », aujourd’hui publié sous le titre The tree. Symbol, Allegory and Mnemonic Device in Medieval Art and Thought.

Comme le projet le souhaite, c’est dans une logique réflexive sur la progression que se profilent ces journées d’études sur l’arborescence : progression physique, systématique, métaphorique, symbolique qui mène par les chemins de la connaissance vers une maturation intellectuelle. Les études que le projet accueille, travaux achevés, intuitions ou ébauches momentanées à approfondir, peuvent porter sur des panoramas généraux, des questionnements épistémologiques ou des évolutions performatives de cas d’étude, qu’il soit philosophique, littéraire, linguistique, historique, artistique ou sociétal.

La première journée, qui a eu lieu le 16 décembre 2015 à Tours, concentre le champ d’investigation sur le Moyen Âge et Renaissance. Elle est l’occasion d’aborder des points fondamentaux de la mise en place textuelle et iconographique au Moyen Âge et à la Renaissance.

 

 

 

 

 

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