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Trames arborescentes 4

L'arbre anthropomorphique, l'homme arborescent

Les trames arborescentes et le corps humain de l'Antiquité à nos jours

Résumés des interventions

 

 

Un oxymore tenace : l'homme, un "arbor conversa"

Christiane Klapisch-Zuber, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Directrice d'études en Histoire médiévale

Deux métaphores tenaces traversent les âges : la parenté, dont on compte les degrés et énonce les termes qui les désignent, est comparable à un arbre, et la parenté, ainsi comptée et énoncée, est également comparable à un homme ; l’homme serait donc comme un arbre– un drôle d’arbre, un arbre à l’envers. Que cherche-t-on à signifier quand on superpose, juxtapose ou combine ces deux images : l’homme la tête en bas et l’arbre, tirant ses racines du ciel ?

Avec l’arbre suggéré par le terme d’arbor consanguinitatis, les illustrateurs du tableau de consanguinité ont parfois poussé l’assimilation de l’arbor à un arbre naturel, engageant un débat qui perdure dans toute la fin du Moyen Âge sur la primauté de l’image et sur la réalité contenue dans lesmétaphores qui assimilent la parenté à un corps ou à un arbre. L’image devient dans ces discussions non plus seulement outil de savoir ou instrument facilitant la mémorisation, mais objet de spéculation. Le pivot autour duquel va s’articuler la métaphore fut l’arbor conversa, c.-à-d. un arbre qui aurait ses racines dans le ciel, l’homme étant un arbor conversa dans la mesure où sa tête proche du ciel contient son âme, qui dérive du dieu, selon le Timée ­de Platon. Au prix de diverses contorsions graphiques et oratoires, cette analogie fut étendue à la parenté humaine et au schéma de consanguinité, le stemma des parentés apparaissant bien comme le laboratoire de formulations visuelles contradictoires, où se sont exprimées les contraintes langagières (ascendants/descendants, souche/rameaux/tronc etc., arbor etc...) et le poids de traditions graphiques cumulées.

Images du palmier et de la croissance dans les trames de la Lettre apocryphe de Jacques

Antoine Paris, Université Paris-Sorbonne/Université de Montréal, Faculté de Littérature grecque et Département d'Études bibliques

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Les ramures de corail dans l'orfèvrerie germanique à la fin dun XVIe siècle : une matérialisation d'une métamorphose du corps

Fabiola Gilardoni, Université de Picardie/Ludwig Maximilian Universität, Laboratoire TRAME (Textes, Représentations, Archéologie, Autorité et MémoirE de l'Antiquité à la Renaissance)

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Comme des paupières devenues pétales au bout de tiges transformées en vertèbres : des arborescences endométamorphiques

Giuseppe Crivella, Université de Pérouse

Notre communication se propose de développer une analyse minutieuse des processus de ce que Gilbert Simondon nomme endométamorphisme lequel désigne la mise en place d'un dispositif anatomique intensément schizoïde au moyen duquel montrer la façon dont la propulsion arborescente donne lieu a ce que Jean Louis Schefer définit corps interstitiels. En particulier notre attention se concentre sur les ouvrages d'auteurs comme Mauro Poggi, Nicasius Roussel, Valentin Sezenius et Esaias van Hulsen...

Présence des végétaux anthropomorphiques dans les comics mainstream et émergence d'une conscience écologique aux États-Unis

Pierre-Alexis Delhaye, Lycée Camille Claudel

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"Il a grandi pareil à une jeune pousse" : analogies entre la croissance végétale et le développement humain dans la poésie grecque archaïque et dans la médecine hippocratique

Alessandro Buccheri, Université de Sienne/École des Hautes Études en Sciences Sociales, Université Sorbonne Nouvelle

« Quiconque veut considérer les discours que j’ai tenus à ce propos, trouvera que, de leur début jusqu’à leur accomplissement, la croissance des plantes et celle des hommes se ressemblent fortement ». C’est ainsi que s’exprime, vers la fin du Ve siècle avant notre ère, l’un des auteurs du corpus hippocratique, après avoir consacré quasiment un tiers de son traité Sur le développement de l’enfant à la description des mécanismes de croissance des plantes.

Cette manière d’établir des analogies entre la croissance végétale et le développement humain est récurrente dans les textes grecs anciens. Des écrits médicaux et philosophiques, d’époques et d’écoles différentes, utilisent souvent le monde des plantes comme réservoir de modèles utiles pour penser un grand nombre de phénomènes relatifs à la vie humaine. Dans le domaine de l’embryologie, par exemple, l’articulation du fœtus est souvent pensée sur le modèle botanique de l’articulation progressive d’un arbre en branches, rameaux, feuilles ; le cordon ombilical est conçu en revanche comme une racine, qui donne stabilité à l’enfant et lui transmet la nourriture tirée du corps maternel. Ces analogies investissent même le domaine de la création de la terminologie médicale : selon les auteurs grecs, le corps humain se trouve pourvu de « racines » (des dents et des yeux, par exemple), de « piquants d’acanthe » (le rachis et les apophyses des vertèbres) et de « pommes » (les pommettes et les amygdales). Bien avant les premiers textes médicaux et philosophiques, les poètes grecs utilisaient déjà des comparaisons et des métaphores botaniques qui sous-tendaient les mêmes analogies entre hommes et plantes.

Dans ma communication, j’analyse d’abord l’analogie entre le développement du fœtus et la croissance d’une plante contenue dans le traité hippocratique Sur le développement de l’enfant : ce texte est en fait représentatif de la manière dont les médecins hippocratiques se servent des analogies entre le corps humain et les structures végétales. Ensuite, j’analyse la longue comparaison homérique entre le jeune guerrier Simoïsios mourant sur le champ de bataille et un peuplier noir abattu au sol, qui permet de mettre en exergue certains caractères des images botaniques déployées dans la poésie archaïque. Dans ma conclusion, je montre les points de contact entre l’image poétique homérique et l’analogie médicale hippocratique, pour suggérer que des textes de genres et d’époques différents mettent en œuvre des stratégies similaires de comparaison entre le monde végétal et le monde humain.

Homo arbor inversa : anatomie d'un modèle arborescent physiologique, moral et social au XVIe siècle

Vincent Robert-Nicoud, Université d'Oxford

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Sexe, genre et vertu des plantes. Botanique, symbolique chrétienne et discours national-catholique sur les palmiers d'Elche

Sophie Albert, Université Paris-Sorbonne, EA "Études et édition de textes médiévaux"

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Approche philosophique et médicale du lexique végétal dans la description de l'anatomie humaine

Laetitia Marcucci, Université de Nice

Florian Violon, Université de Lorraine et Hôpitaux de Nancy, Laboratoire d'Anatomie et Cytologie pathologiques

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Tristan et la végétalisation de l'homme : du corpus français aux remaniements grmaniques

Brindusa Grigoriu, Université Alexandru Ioan Cuza, Facultatea di Litere

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Corps, musique et méditation : appropriation visuelle et sonore du Lignum vitae de Bonaventure

Anne-Zoé Rillon-Marne, Université catholique de l'Ouest/Centre d'Études Supérieures de Civilisation Médiévale

Le Lignum vitae de Bonaventure joue, à plus d’un titre, de l’image de l’arbre et du corps. Arbre de vie, le bois de la Croix se régénère du corps du Christ pour produire des rameaux et des fruits qui deviennent les supports d’une méditation. Cette animation végétale constitue ainsi une structure arborescente qui guide la pensée dans un itinéraire de l’âme à travers le mystère du Christ : des racines à la cime de la Croix, des pieds à la tête du corps crucifié, de la terre au ciel, pour cheminer mentalement de sa Nativité à sa Gloire. L’architecture rigoureuse empruntée par ce traité de dévotion décrit ainsi 48 étapes : trois chapitres (les branches) portent chacun quatre fruits, à leur tour sous-divisés en quatre rameaux.
Rédigé en 1260, cet opuscule a beaucoup circulé (185 copies recensées), dans les milieux franciscains, mais pas seulement. Dans certaines sources, le dessin mental que Bonaventure propose pour mener l’exercice spirituel a été réalisé graphiquement sur le parchemin. Le plus ancien de ces diagrammes se trouve dans un manuscrit de la bibliothèque de Darmstadt (HS 2777). Or dans cette source, le dessin est accompagné d’une pièce musicale désignée sous de nom de Laudes sancte crucis. Cette composition est connue dans plusieurs manuscrits, sans être pas toujours associée au traité de Bonaventure. Pourtant, son texte reprend en substance le Lignum vitae : ses vers sont constitués des titres des chapitres, entrecoupés par un refrain qui n’est autre qu’une strophe citée dans le prologue du traité :
O crux, frutex salvificus
Vivo fonte rigatus,
Cuius flos aromatica,
Fructus desideratus.
Cette composition musicale semble ainsi vouée à accompagner, de manière sensible et sonore, la méditation, tout comme le diagramme qui la précède s’adresse à la vue pour soutenir l’attention. Notre communication entend montrer comment la mélodie prévue pour cette composition atypique permet d’associer l’expérience intellectuelle de la méditation aux sensations plus corporelles qui sont celle de la production vocale et de l’écoute visant par ce moyen une incorporation, une absorption physique et subjective d’une construction arborescente au départ strictement spirituelle. 

Racines, sang, feuilles et cris. La configuration du "mirabile monstrum" dans les images et les textes du Moyen Âge tardif

Sergi Sancho Fibla, Université d'Aix-Maresille/CNRS, Labexmed, TELEMME

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"Tout arbre a racine en lieu de bouche". Les arbres anthropomorphiques et la structuration du discours botanique dans l'encyclopédisme médiévale (XIIIe-XVe siècle)

Alice Laforêt, Bibliothèque nationale de France

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Une mnémotechnique de l'anrbre anthropomorphiqu ? L'art de la mémoire et le corps dans les structures arborescentes au Moyen Âge et à la Renaissance

Naïs Virenque, Université de Tours, Centre d'Études Supérieures de la Renaissance

Au Ier siècle avant Jésus-Christ, la rhétorique latine encourage l’orateur à cultiver un art de la mémoire pour optimiser la mémorisation des discours qu’il doit prononcer. Probablement à partir de la foisonnante littérature secondaire sur l’art de la mémoire classique, littérature qui se développe dès les premiers rhétoriciens chrétiens avec Quintilien, la tradition des textes didactiques et/ou historiques sur l’art de la mémoire désigne comme un édifice la structure qui abrite les différents « loci », que les traductions françaises de textes anciens désignent souvent à travers le terme « emplacement » ou, plus largement, « lieu ». Toutefois, à proprement parler, aucune section que la rhétorique latine classique consacre à l’art de la mémoire n’évoque un édifice comme étant la structure indispensable à sa pratique. Dans l’imaginaire visuel du Moyen Âge et de la Renaissance, les « réalisations de l’homme » – lieux architecturés, cases de tableaux, sections de roues – côtoient des emprunts aux « réalisations de la nature » – arbres, troncs, branches, feuilles, fleurs, fruits, rinceaux, écart entre des branches, entre des racines, voire entre des arbres eux-mêmes – lorsqu’il s’agit d’organiser et de retenir une liste d’éléments. Au sein d’un processus de visualisation ordonnée du savoir, des « réalisations de la nature » organisent des lieux sur le modèle des structures de l’art de la mémoire, au moyen de configurations iconographiques qui excèdent la simple juxtaposition de bulles ou de cases. Bien que leur variabilité formelle et figurative soit considérable, elles prennent le plus souvent l’apparence de l’image structurante d’un arbre qui les réunit et garantit la circulation visuelle et mentale d’un lieu à l’autre.

Or, l’examen d’un large corpus de structures arborescentes du Moyen Âge et de la Renaissance permet de constater qu’un certain nombre de cas présente des configurations anthropomorphiques. Pourtant, aucun des traités d’art de la mémoire n’évoque explicitement de structure arborescente anthropomorphique, quand le procédé traverse toute la seconde moitié du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Quel peut donc en être le fondement mnémotechnique : pourquoi joindre, superposer voire fusionner des structures arborescentes avec des corps ou des structures anthropomorphes dans des contextes classificateurs ? À partir de la lecture de textes d’art de la mémoire du Moyen Âge et de la Renaissance, il s'agira d'étudier la manière et les fins auxquelles les précautions et les artefacts mnémotechniques investissent l’élaboration graphique, formelle, figurative et mentale de structures arborescentes en leur attribuant des caractéristiques spécifiquement anthropomorphiques.

 

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